Comme promis je prend un peu de temps pour écrire un nouvel article. Il y a quelques temps j'avais mentionné la vie quotidienne mais sans l'aborder, je vais donc remédier à ce manquement de ma part !
Imaginons une journée type (fictive ? pas tant que ça) à Dakar:
06h45; Mon réveil sonne et je sors doucement des mes rêves. Dehors j'entends l'appel du Muezin qui invite les croyants à la prière. Ici 90% de la population est croyante de confession islamique. Je me traîne hors du lit et après un tour par la salle de bain je me rends dehors acheter du pain à la boutique. En fait des "boutiques" ici, il y en a quasiment toutes les 5 ou 6 maisons. Il s'agit souvent de sortes de comptoires ou peut acheter tout et rien question alimentaire, il suffit juste de jetter un coup d'oeuil au mur derrière le vendeur où s'entassent boîtes de conserves, bouteilles ou produits ménagers....
De retour à table j'avale mon café et ma tranche de "chocomousse" (en fait c'est une sorte de substitut au nutella; imaginez un mix entre du chocolat et du beurre de cacahuètes), avant de prendre la VDN à pied pour me rendre à la fac. En chemin je suis dépassé par plusieurs cars rapides jaunes et bleues dont les décorations rivalisent d'ingénuosité. Des taxis me klaxonnent espérant attirer mon attention pour monter dans l'un deux. Quelques talibés vont de-ci, de-là réclamant des pièces pour le marabout sous la "protection" duquel ils sont. Ils concurrencent ainsi les quelques enfants maures qui mendient, eux, pour le compte de leur parents.
Dès cette heure matinale ça s'active. Je passe devant plusieurs marchands de "tout-ce-qui-peut-se-vendre-et-se-mettre-sur-un-tapis-au-sol", ainsi que devant des étals de fruits et légumes. J'arrive devant l'entrée imposante de l'UCAD, je traverse la piètre cité U où les slogans politiques ainsi que les affiches d'amicales d'étudiants se partagent les murs, ma fac se trouve au fond du campus.
12h00; Après la matinée de cours je reprends ma demie heure de marche pour revenir chez moi. Laï (la bonne) est en train de préparer le repas. Après avoir discuté avec "papa et maman" je viens m'asseoir avec toutes la famille autour du plat commun où chacun pioche devant lui à l'aide d'une cuillère. Maman séparent les morceaux de viandes et de légumes pour les répartir équitablement entre tous. En général le plat sénégalais se compose de viandes (boeuf ou mouton) ou de poissons cuisinés en sauce et accompagné de riz, de mil ou de semoule. On mange ainsi tous les jours et parfois midi et soir le même plat. "Bientôt il va y avoir la saison des légumes et alors on mangera des haricots verts" m'annonce maman. Je ne me plains pas, c'est très bon et j'avoue avoir un faible pour le poulet yassa. Les hommes ici ne participent pas vraiment aux tâches ménagères, c'est le domaine reservé de la maîtresse de maison qui y veille jalousement. Un maison bien tenue est une des plus grandes fiertés.
13h00; Moctar prépare un thé sénégalais pour Stéphanie, lui et moi. Celle-ci est sortie à la boutique acheter des "Biskrèm" (sorte de biscuits au chocolat, ultra célèbre ici) pour qu'on puisse grignoter. On prend le thé dans des petits verres et l'on fait mousser le breuvage en transvasant plusieurs fois de suite celui-ci d'un verre à l'autre. La cérémonie du thé se compose de trois prises successives où le goût varie. On dit généralement que le premier est "âpre comme la vie", le second "doux comme l'amour" et le dernier "sucré comme la mort".
15h00; Je me prépare à une petite sieste pendant que Moctar est sortie dehors à la boutique d'à côté sous "l'arbre à palabre" comme on pourrait l'appeler (même si cet arbre se retrouve en général dans les villages) où l'on discute à n'en plus finir de tout et de rien dans des débats digne de l'ONU. Les sénégalais sont les rois de la réthorique. En fait, comme me l'a fait remarquer en rigolant un ami; "quand un sénégalais a fini de parler, tu ne sais plus ce que tu pensais avant; tu sais juste qu'il a raison et que tu dois lui donner de l'argent".
20h00; Toute la famille a rendez vous chez la soeur de maman car celle-ci part ce soir à la Mecque pour un pélerinnage que chaque musulman pratiquant est censé faire une fois dans sa vie. Je me retrouve entouré des cousins, cousines, fils et filles des cousin(e)s, frères et soeurs, amis de la famille... Tout le monde se dit bonjour et échange des politesses dans des salamalecs sans fins:
"_Asalaam aleïkoum
_Maleïkoum salaam
_Na nga dèf ? Ca va ?
_Maa ngi fi rekk. Ca va
_Et la famille ça va ?
_Ca va ça va.
_Et les enfants ça va ?
_Ca va ça va.
(...)
_Et sinon ça va ?"
etc...
Tous le monde se réunit ensuite pour partager le Tiéboundiem (pas sûr de l'orthographe) nationale (riz au poisson). Enfin c'est l'instant du départ et un groupe se forme autour de la future pélerin. On entamme une série de prières où il est question de souhaiter bon voyage le tout accompagné de diverses bénédictions. On remercie Allah et c'est fini.
22h00; Je suis sorti avec Stéphanie et d'autres amis, étudiants ou stagiaires ici, boire une Gazelle (la bière locale; 65cl de fraicheure à 1000CFA soit 1,5€) tout en écoutant un bon concert de reggae au Just 4 U le bar musicale qui se trouve juste en face de la fac. Ce soir c'est le Timshel Band qui joue avec le gros Big D en featuring, demain se sera sans doute de l'accoustique avec Cheikh Lô ou Diogal Sakho.
01h00; La nuit sénégalaise ne fait que commencer et les filles ont décidé de poursuivre la soirée dans une boîte de nuit (pourquoi pas le Thiossane la boîte de Youssou'N'Dour où il joue tous les soirs chaque fois qu'il est de passage à Dakar) pour se déhancher sur le Mbalaax (pronocez M-Balarr) cette danse endiablée sénégalaise. Pour ma part vu comment je suis fan des boîte je pense que je vais me rentrer et finir de lire le roman du Sénégalais Ousmane Sembene "Les bouts de bois de Dieu"; histoire des grêvistes de la ligne de chemin de fer Dakar-Bamako au lendemain de la seconde guerre mondiale.
J'éteinds la loupiotte et laisse le ventilateur tourner (ici c'est 28°C la nuit); une nouvelle journée est passée ici à Dakar, Sénégal, Afrique de l'Ouest, Monde...
à bientôt tous...
damien